L’Eintracht Frankfurt s’apprête à vivre une assemblée générale sous haute tension. Ce lundi soir, plus de 2 000 membres sont attendus à la Jahrhunderthalle pour une réunion qui dépasse largement le simple cadre statutaire. En toile de fond, la montée en puissance des ultras dans les instances du club et la dérive sportive inquiétante de l’équipe professionnelle.
Une assemblée à fort enjeu politique
Comme l’a rapporté Kicker, l’assemblée générale annuelle de l’Eintracht Frankfurt débute à 17h30 et pourrait se prolonger bien après minuit. Rarement un tel rendez-vous aura concentré autant de tensions. Autour du match contre Hoffenheim, la scène active et les groupes ultras ont explicitement appelé à une mobilisation massive.
Le point central de l’ordre du jour concerne les élections internes, notamment celles du conseil d’administration, de la commission électorale, du conseil d’honneur et des commissaires aux comptes. Un exercice habituellement discret, mais devenu hautement stratégique depuis que les ultras cherchent à renforcer leur présence au sein des organes décisionnels.
Les ultras visent les leviers de pouvoir
Depuis plusieurs années, les ultras de l’Eintracht tentent d’élargir leur influence au sein des structures du club. Ils sont déjà représentés dans certaines instances et occupent même un poste de vice-président. Leur objectif à moyen terme est clair, peser directement sur la désignation des dirigeants et, au-delà, sur les orientations de la société de football.
Selon les statuts du club, le conseil d’administration et la commission électorale proposent les candidats à la présidence. Chaque candidature doit être validée à la majorité des deux tiers dans ces deux organes. Une minorité de blocage permettrait donc d’empêcher certaines nominations ou d’imposer des concessions. Si ce scénario n’est pas encore réalisable cette année, les ambitions des ultras sont affichées sans détour.
Dans leur publication interne Schwarz auf Weiß, ils critiquent ouvertement la composition actuelle du conseil de surveillance de la société de football, estimée insuffisamment représentative des supporters.
Transparence réclamée, réalités juridiques ignorées
Les ultras reprochent au club de leur refuser l’accès à certaines informations, notamment celles liées à la gestion de la société anonyme du football professionnel. Ils estiment être tenus à l’écart de décisions majeures et dénoncent une opacité qu’ils jugent incompatible avec l’esprit associatif de l’Eintracht.
Cette revendication se heurte toutefois à une réalité juridique. Une société anonyme est tenue de protéger ses secrets commerciaux et ne peut librement diffuser certaines données, y compris à des membres d’instances associatives. Pour contourner cette limite, les ultras souhaitent désormais accéder directement au conseil de surveillance, organe clé de contrôle et de décision.
Une méfiance qui trouve aussi ses raisons
Le discours des ultras ne repose pas uniquement sur une logique de conquête du pouvoir. Une partie de leur méfiance est partagée en interne. Ils s’inquiètent de la viabilité du modèle économique de la société de football, notamment face à l’augmentation continue des coûts sportifs et structurels.
Ces interrogations rejoignent celles déjà soulevées par la presse spécialisée. La stratégie de croissance de l’Eintracht, combinée à des résultats sportifs en net recul, fait peser un risque réel. En cas de non-qualification européenne, le club pourrait se retrouver contraint de vendre des joueurs dans un contexte de valorisation en baisse.
À cela s’ajoute un autre sujet sensible. Les rémunérations de la direction exécutive auraient atteint environ dix millions d’euros lors du dernier exercice, un montant supérieur à celui de certains clubs de référence. Une responsabilité qui incombe directement au conseil de surveillance et qui alimente les critiques.
Les ultras en position délicate
Les groupes ultras se présentent volontiers comme les garants des valeurs fondamentales du club, évoquant un idéal communautaire et un esprit associatif à préserver dans le football moderne. Le discours se veut rassembleur, presque romantique. Mais cette posture se heurte à une réalité plus sombre. Chants homophobes, violences, affrontements avec la police, usage massif et coûteux de la pyrotechnie, exclusions de supporters lors de déplacements européens. Ces dérives répétées ont profondément agacé une partie importante des membres et des supporters non affiliés aux groupes ultras.
Pour beaucoup, ces excès disqualifient les ultras comme autorité morale crédible. En multipliant les provocations et les franchissements de lignes, ils se sont isolés et ont fragilisé leur légitimité dans le débat interne.
Une soirée sous tension pour les dirigeants
Dans ce climat électrique, le président Mathias Beck et le porte-parole du directoire Axel Hellmann sont attendus au pupitre. Tous deux ont déjà essuyé des critiques virulentes dans les publications ultras. Beck, en particulier, a adopté un ton conciliant dans plusieurs interviews récentes, minimisant les inquiétudes exprimées sur la montée en puissance des ultras.
Cette stratégie d’apaisement suffira-t-elle à calmer les esprits. Rien n’est moins sûr. Les dernières prises de position des groupes actifs laissent présager des échanges tendus, voire houleux.
Ce lundi soir, à la Jahrhunderthalle, l’Eintracht Frankfurt ne jouera pas un match de football. Mais l’issue de cette assemblée pourrait peser lourdement sur son avenir institutionnel, sportif et identitaire.
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Crédit image : Alex Grimm/Getty Images