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Matheo R
Capitaine de l’Arminia Bielefeld, passé par la Regionalliga et aujourd’hui installé en 2. Bundesliga, Maël Corboz incarne un parcours atypique entre les États-Unis et l’Allemagne. Dans cet entretien exclusif pour Le Fussball Media, le milieu de terrain Franco-Americain revient avec sincérité sur son histoire, ses difficultés, ses réussites et sa vision du football moderne.
Des racines familiales profondément liées au football
Bonjour Maël, tu viens d’une famille profondément ancrée dans le football, avec un père ancien joueur et deux sœurs professionnelles en France. Comment as-tu grandi dans cet environnement et en quoi cela a-t-il façonné ton rapport au football ?
Quelque part, nos parents nous ont donné leur vie. Ils ont consacré énormément de temps pour que nous essayions tous les sports possibles (basket, hockey sur glace, tennis et bien sûr le foot).
Mon père, étant un passionné de foot, de beau jeu, de Maradona, etc., a passé des heures et des heures à jouer avec nous. On faisait des parties de tennis-ballon devant la maison, on passait des heures à travailler les frappes, les contrôles, etc. Avec ma mère ils ont passé des heures et des heures dans la voiture pour les entraînements, les matchs, les tournois. Aux États-Unis c’était très cher de faire partie d’un club, de jouer dans un bon club, et les déplacements étaient loin. C’était la responsabilité des parents de faire les déplacements. Je m’imagine mal faire la même chose. J’espère que oui mais ils ont consacré une partie de leur vie.
Le week-end, il n’y avait que ça à la télé. J’ai grandi avec la Ligue 1 sur TV5 Monde. J’étais fan du grand Lyon de Juninho, puis du grand Bordeaux de Laurent Blanc avec Yoann Gourcuff. On a grandi dans ce monde-là et du coup, c’était clair très tôt dans ma vie que je voulais devenir footballeur professionnel. Pour mes sœurs aussi, je pense.
Le modèle américain, une trajectoire différente
Tu as été formé aux États-Unis. Comment décrirais-tu le parcours de formation là-bas ? Quelles sont les particularités du modèle américain par rapport à l’Europe ?
Surtout à l’époque (il y a 10–15 ans), le modèle était d’être assez fort au foot pour obtenir une bourse pour faire une université américaine : chose que nous avons faite tous les trois. Après, si tu réussissais à l’université, tu passais pro : chose que nous avons également faite, mais peut-être un peu différemment d’un Américain « typique ».
Aujourd’hui, le modèle a évolué. Les meilleurs joueurs américains passent pro plus tôt qu’à l’époque : soit avant l’université, soit après une ou deux saisons universitaires.
Nos parents tenaient vraiment à cœur qu’on finisse nos études et, après, on était libres de faire ce qu’on voulait.
Aujourd’hui, je joue en Allemagne où quasiment tous mes coéquipiers ont été programmés pour être pros à partir de 12–13 ans. Ils sont presque tous passés par des centres de formation de Bundesliga, alors qu’aux États-Unis l’objectif était plutôt de partir à l’université.
La façon de s’entraîner est très différente. À l’université, on était limités dans le nombre d’heures où on pouvait s’entraîner… impensable en Europe, dans les centres de formation, où ils s’entraînent tous les jours.
À l’âge où mes coéquipiers sont passés pros, à 18/19 ans, j’étais en train de réviser pour mes examens d’ingénierie.
Les débuts en Allemagne et les premiers doutes
Comment un jeune Franco-Américain formé aux USA se retrouve-t-il un jour en 3. Liga allemande ? Qu’est-ce qui a rendu cette transition possible ?
J’ai débuté ma carrière pro aux New York Red Bulls, où je ne voyais pas trop la possibilité de percer avec la première. On m’a dit que je jouerais plutôt avec la réserve pour ma première année, chose que je n’ai pas trop aimée.
Du coup, je suis parti dans un club de deuxième division américaine (USL) qui était lié au club du MSV Duisburg (3.Liga). Je me suis lancé là-bas en USL avec l’objectif de faire une grosse saison et de partir en Allemagne.

Sur le terrain, j’ai quand même appris la rigueur allemande, la tactique, choses qui n’étaient pas très présentes dans le foot américain à l’époque.
J’ai très peu joué, j’étais très frustré, seul. Je me posais souvent la question de ce que je faisais en Allemagne. Être esseulé dans un pays étranger, c’est différent de partir de chez soi.
Je suis parti de chez moi à 17 ans, mais j’étais quand même dans le même pays que ma famille, dans une structure que je connaissais, et qu’eux connaissaient. En partant en Allemagne, c’était la solitude. Je cherchais mes repères : nouvelle culture, nouvelle langue. Un peu perdu. Mais j’avais cette rage, cette faim de prouver que j’avais le niveau et, du coup, à aucun moment je n’ai voulu repartir aux États-Unis.
Wattenscheid, le tournant inattendu
En fin de saison, le MSV est promu en 2. Bundesliga mais tu signes en Regionalliga West (D4) à Wattenscheid. Avais-tu d’autres options à ce moment-là ? Pourquoi avoir choisi spécifiquement le SG Wattenscheid 09 ?
Je n’avais pas vraiment d’options. Personne ne me connaissait en Allemagne. Je n’avais pas une éducation « footballistique » allemande, je n’avais pas de centre de formation derrière mon nom pour étoffer mon profil. J’étais inconnu.
Il y avait quelques pistes en D3 mais rien de très concret et, à la fin, un 31 janvier, j’ai signé en D4 à Wattenscheid mais pas parce que l’entraîneur me voulait ou me connaissait. En fait, il m’a pris car il connaissait mon agent de l’époque et lui faisait confiance. J’ai eu une chance incroyable d’atterrir à Wattenscheid.
La Regionalliga, une école de vie
Tu découvres alors la Regionalliga West, un championnat avec ses ambiances, ses derbys et ses clubs historiques. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur ce niveau ? Est-ce que cette ligue t’a forgé en tant que joueur et en tant qu’homme ?
J’ai un respect énorme pour la Regionalliga. J’ai vu tellement de joueurs avec le niveau pour jouer plus haut mais qui n’ont pas eu le timing, la chance ou la persévérance, et qui ont passé leur carrière en D4/D5.
Ce championnat, ce club m’ont permis de reprendre du plaisir à jouer au foot mais surtout de me faire un nom en Allemagne. J’ai fait des matchs contre des clubs historiques comme Uerdingen, Aachen, Essen. Mais surtout, je me suis fait un petit nom à ce niveau-là, qui m’a permis plus tard de retourner en Allemagne en D3.
En tant qu’homme, j’ai surtout retrouvé du plaisir à jouer au foot, à m’épanouir et à reprendre confiance en moi, sur et en dehors du terrain.
Je suis revenu parce que je voulais prouver, d’abord aux autres et, avec l’âge, c’est plutôt devenu quelque chose que je voulais me prouver à moi-même, que j’avais le niveau pour jouer au moins en D3.
L’ascension avec le SC Verl
Tu pars ensuite aux Pays-Bas, puis tu reviens en Allemagne pour t’imposer en 3. Liga avec le SC Verl, club modeste issu de Regionalliga. Comment décrirais-tu ton rôle là-bas ? Et comment as-tu vécu ces trois saisons consécutives où vous avez assuré le maintien dans un championnat aussi exigeant ?
Mon passage à Duisburg m’a marqué. Le SC Verl me connaissait de la Regionalliga. Entre-temps, ils sont montés pendant le Covid et je suis parti là-bas en janvier 2021.
Ma première demi-saison s’est bien passée, j’ai failli trouver directement la 2. Bundesliga, mais le transfert ne s’est pas fait et je suis devenu capitaine de Verl dans la foulée.

J’ai tout vécu avec Verl : le maintien, ensuite une saison où on pratiquait un football magnifique et la folie de jouer le haut du tableau dans mes six derniers mois dans un si petit club. C’était une expérience incroyable.
J’avais été capitaine pendant deux saisons et demie et j’ai commencé à recevoir des offres qui étaient difficiles à refuser, vu l’histoire et la taille des clubs qui étaient intéressés.
Le choix Arminia Bielefeld
Parlons de ton transfert à l’Arminia Bielefeld. Comment se sont passées les coulisses de cette arrivée ? Est-ce que la proximité géographique entre Verl et Bielefeld a joué un rôle dans ta décision ?
Oui, bien sûr, la proximité géographique entre Verl et Bielefeld a joué. J’ai vécu à Bielefeld dès mon arrivée au SC Verl. Je connaissais la ville, je connaissais surtout le rôle, l’importance du club pour la ville.
Quand on se promène à Bielefeld un jour de match, on le remarque tout de suite. Le stade est en ville, alors la présence du club se ressent partout. J’avais vécu les années en Bundesliga d’Arminia en tant qu’habitant de Bielefeld. J’avais maintenant l’occasion de devenir joueur de Bielefeld, chose qui était impossible à imaginer deux ans avant.
En même temps, le staff de Verl était parti à Bielefeld six mois plus tôt alors que le club venait d’enchaîner deux descentes et n’avait que deux joueurs sous contrat pour la D3. Ils ont dû construire une toute nouvelle équipe.

Tu arrives en cours de saison, dans un contexte sportif compliqué où le club termine 15e (sur 20, dont 4 relégations). Mais vous remportez aussi la Landespokale face à ton ancien club, le SC Verl. Comment as-tu vécu ce match sur le plan émotionnel et comment t’es-tu adapté d’un point de vue tactique, sachant que ton ancien staff et tes anciens coéquipiers connaissaient parfaitement ton jeu ?
À la mi-saison, on négociait déjà un contrat pour l’été suivant, quand le directeur sportif nous a demandé si on n’était pas prêts à venir tout de suite. Initialement, j’ai dit non. Je ne voulais pas partir en mi-saison en tant que capitaine. Je ne voulais pas me positionner contre mon club pour forcer un transfert.
Le directeur sportif de Bielefeld vérifiait mon contrat à Verl pour les modalités du transfert pour l’été, quand il a vu que j’avais une clause libératoire pour la trêve hivernale aussi (chose qu’on avait oubliée avec mon agent, vu qu’on avait prolongé rapidement en fin de saison précédente parce que je devais déjà partir ailleurs).
À partir du moment où tout était propre au niveau du transfert et de la clause libératoire, je savais que je voulais partir à Bielefeld. Le club de Verl recevait l’indemnité qu’il souhaitait et je laissais le club dans sa meilleure position depuis sa montée en D3. Ce n’était pas comme si je les quittais en jouant le maintien.
On avait déjà joué contre eux en championnat, où il y avait eu des choses pas très respectueuses de la part de l’entraîneur de Verl dans la presse, etc., et où les supporters avaient préparé une banderole pour moi.
Alors ce match de finale était moins chargé émotionnellement pour moi. On était surtout motivés pour se qualifier pour la Coupe d’Allemagne, que je n’avais pas encore eu l’occasion de jouer.
Encore capitaine !
Tu deviens ensuite capitaine de l’Arminia. Comment as-tu appris la nouvelle ? Était-ce une suite logique (après avoir porté le brassard à Verl) selon toi ou une vraie surprise ?
Le capitanat était déjà plus ou moins programmé quand je suis arrivé. La légende du club et capitaine de l’équipe, Fabian Klos, arrêtait en fin de saison et l’équipe était toute nouvelle.
Ils m’ont confié en janvier, quand je suis arrivé, que je serais un des candidats et que c’était à moi de faire mes preuves. C’était vraiment un honneur d’apprendre cette nouvelle et de me rendre compte que j’allais être capitaine de l’Arminia Bielefeld.
Comme je l’ai dit auparavant, c’était quelque chose d’impensable 1–2 ans plus tôt.
Une relation forte avec le staff
Quelle est ta relation avec ton entraîneur Mitch Kniat ? Qu’est-ce qu’il t’apporte au quotidien, humainement et tactiquement ?
Ma relation, non seulement avec Kniat, mais avec tout le staff, est basée sur la confiance. On se connaît depuis quatre ans, on a vécu plein de choses ensemble. Ils savent ce qu’ils peuvent attendre de moi et moi je sais ce que je peux attendre d’eux. On partage les mêmes valeurs de travail, de respect et d’honnêteté.
Mais surtout, cette notion de tout donner tous les jours est quelque chose qu’ils exigent des joueurs et qu’ils appliquent eux-mêmes.

Tactiquement, c’est très fort aussi. De toute façon, pour atteindre une finale de coupe en étant en D3, il faut être très très fort dans la préparation mentale et tactique. Tactiquement, c’est du très haut niveau, et surtout très variable.
Une saison folle et un sommet émotionnel
Ta première saison complète avec Bielefeld a été exceptionnelle : course à la montée, fin de saison palpitante avec un duel au coude-à-coude face au Dynamo Dresden, et ce match mémorable à la SchücoArena à trois journées de la fin face au SGD, avec des dizaines de milliers de drapeaux aux couleurs du club. Peux-tu nous replonger dans les coulisses de cette rencontre ? Comment l’avez-vous préparée au club et comment l’as-tu vécue de l’intérieur ?

C’étaient les 120 ans du club. Le club avait tout préparé pour fêter ce match et le scénario de la saison a voulu que ce soit le premier contre le deuxième.
Avec une victoire, ils étaient assurés de monter et ils ont mené jusqu’à la dernière minute. C’était un match surtout très intense, c’est toujours le cas contre Dresden, et pas particulièrement beau à voir, mais il y avait de gros enjeux, beaucoup d’émotions et un cadre incroyable des deux côtés.
Selon toi, ce duel face à Dresden a-t-il été le tournant de la saison pour aller chercher le titre ? Même s’il a ensuite fallu confirmer sur la pelouse d’Unterhaching puis lors de la dernière journée contre Mannheim ?
Un tournant, non. On était déjà tous les deux bien partis pour la montée. Le tournant était plutôt au mois de février, où on était loin dans la course au titre.
Le match contre Dresden, c’était la confirmation que les deux équipes étaient là où elles devaient être, mais la montée ne s’est pas jouée sur ce match-là. Même si on est très heureux d’avoir évité la défaite et leur montée sur notre terrain… chose qui n’aurait pas été simple à digérer.
Cette même saison, en DFB Pokal, vous éliminez Hannover 96 et quatre clubs de Bundesliga, dont le Bayer Leverkusen en demi-finale, avant de jouer une finale de historique à Berlin contre le VfB Stuttgart. Malgré la défaite, que retiens-tu de cette épopée et du fait d’avoir mené l’Arminia à l’Olympiastadion ?

C’était incroyable. Ça restera très certainement le sommet de ma carrière sportive.
Le parcours était inimaginable et le coup de sifflet final contre Leverkusen reste le moment le plus fort de ma vie. Les émotions étaient tellement fortes, concentrées dans un instant… j’en ai toujours des frissons.
La finale et le week-end à Berlin restent un rêve. On était dans une bulle. Tout était surréaliste. On était plusieurs à ne pas pouvoir dormir la veille du match, et même avant la sieste d’avant-match ; pas par peur, mais par excitation.
C’était très fort et la finale aussi était très forte, à l’image de notre équipe. Malgré tous les coups durs (les erreurs qui mènent aux 4 buts de Stuttgart) on a su se dépasser et proposer un peu de spectacle en fin de match.

Ce week-end reste un moment très fort pour moi bien sûr mais aussi pour ma famille, mes proches, des amis qui se sont déplacés des États-Unis.
Incroyable, et quelque part un peu triste de se dire que c’est très certainement le peak. Et en même temps, en tant que sportif, on n’abandonne jamais la recherche de ces moments, de ces émotions.
La 2. Bundesliga et la suite
Cette saison, tu découvres la 2. Bundesliga. Que penses-tu du niveau du championnat, de ses stades, de ses ambiances et de ses clubs ? Ressens-tu un véritable écart entre la 3. Liga et la 2. Bundesliga, que ce soit en intensité, en rythme, en exigences tactiques ou en qualité individuelle ?

Le niveau est bien sûr plus élevé qu’en D3. La qualité des joueurs, surtout offensifs, est nettement plus haute qu’en D3.
Les stades, les noms des clubs… Je vis un rêve, mais un rêve pour lequel j’ai travaillé dur pendant 9 ans depuis mon arrivée en Allemagne et même depuis tout jeune pour atteindre un tel niveau.
Le Maël qui joue dans ces stades n’y aurait pas cru il y a huit ans. Je l’avais en tête, je savais que tout est possible mais pas forcément probable. Le Maël qui joue aujourd’hui, c’est le même qui rêvait de ça à 9 ans, le même qui faisait ses études aux États-Unis et le même qui traînait en D4 il y a 7 ans. J’en suis conscient et, quelque part, mon parcours fait ma force.
Ressens-tu un véritable écart entre la 3. Liga et la 2. Bundesliga, que ce soit en intensité, en rythme, en exigences tactiques ou en qualité individuelle ?
Surtout en exigences tactiques et en qualité individuelle. Les entraîneurs aussi sont meilleurs. Ils arrivent à mieux analyser, à mieux se préparer à notre jeu. Les joueurs ont une autre qualité qu’en D3.
En Allemagne, c’est surtout le bon mix de rigueur tactique, d’intensité et de qualité technique qui fait du pays une grande nation de football. Ça se ressent en 2. Bundesliga.

As-tu un rêve ou un objectif à court, moyen ou long terme ? Jouer en Bundesliga, en France, découvrir un autre pays ?
J’ai appris la saison dernière que tout est possible. Il n’y a pas de limites. Il faut beaucoup travailler, souvent longtemps, pour y arriver, mais les rêves sont possibles.
Je n’ai pas de rêves « concrets » aujourd’hui, mais je ne ferme la porte à rien et je ne me mets plus de limites. La Bundesliga, ce serait un autre rêve qui se réalise.
Ma femme est française, j’ai grandi avec le foot français. Quand je regarde du foot, ce sont surtout les équipes françaises en compétitions européennes et la Ligue 1. Donc bien sûr que j’espère pouvoir jouer en France un jour, et pourquoi pas finir ma carrière là-bas.
Elevengreen, un projet engagé
Tu as créé Elevengreen, une entreprise engagée dans la transition écologique du sport. Peux-tu nous présenter ce projet, son fonctionnement, ses objectifs et ce que vous avez déjà accompli ?

Elevengreen est une entreprise que j’ai fondée pour accompagner les clubs et organisations sportives dans leur transition vers un modèle plus durable. L’idée de départ, c’était de réunir deux choses qui me définissent : ma passion pour le football et ma responsabilité en tant que citoyen face aux enjeux climatiques et sociaux. J’avais vu que mes clubs faisaient pas grand chose et je pensais pouvoir les aider.
Depuis on a changé un peu le business model. On fait du conseil, avec des clubs pro et quelques clubs amateurs, on a une partie d’éducation avec une plateforme digitale qu’on est en train de développer et une nouvelle partie: les partenariats, on veut matcher les entreprises ou sponsors avec des projets durables ou des programmes de durabilité dans les clubs. On sent qu’il y a un besoin de la part des clubs et une envie des sponsors de soutenir des causes durables.
Aujourd’hui la plupart de notre travail est dans le conseil de clubs pros. Concrètement, on aide les clubs à structurer et à professionnaliser leur démarche de durabilité. Cela passe par plusieurs étapes. Par exemple:
d’abord la mesure, avec des bilans carbone (Corporate Carbon Footprint) qui prennent en compte les scopes 1 à 3 ; ensuite la priorisation, avec des analyses de matérialité (Wesentlichkeitsanalyse) pour identifier les thèmes réellement importants pour le club, ses supporters, ses partenaires et son environnement ; puis la stratégie, c’est-à-dire définir une vision, des objectifs et une feuille de route réaliste ; et enfin la mise en œuvre concrète de projets : par exemple des concepts de mobilité durable, des projets d’énergie, des ajustements dans les infrastructures, des programmes autour des supporters ou encore des concepts de sponsoring à impact.
On essaie toujours de lier trois choses : impact environnemental, impact social et viabilité économique. Pour nous, la durabilité doit être un levier de développement du club, pas juste un coût ou une obligation.
En résumé : Elevengreen, c’est l’idée de construire le sport durable de demain, en gardant ce qui fait la force du sport, les émotions, la compétition, la communauté, tout en le rendant plus résilient et plus responsable.
Entre football et entrepreneuriat
D’ailleurs, quel est précisément ton rôle au sein d’Elevengreen aujourd’hui ? Comment parviens-tu à concilier ta carrière de joueur professionnel avec la gestion d’un projet entrepreneurial ?

Je suis à l’entraînement tous les jours à partir de 8/8h15 et je rentre vers 15h. À partir de 15h, je reste footballeur pro. Je fais attention à ce que je mange, je m’étire le soir, etc.. Mais je deviens aussi CEO d’Elevengreen. J’ai des rendez-vous, des concepts et des projets à développer avec les clubs, des décisions stratégiques à prendre.
C’est beaucoup, c’est intense, mais je ne pense pas pouvoir vivre autrement.
Le football face aux enjeux de demain
En Allemagne, plusieurs clubs avancent sur ces questions environnementales : Heidenheim, Werder Bremen, Freiburg, ou encore la WWK-Arena d’Augsburg avec ses initiatives (énergies renouvelables, biogaz, récupération d’eau, neutralité carbone…). Quel regard portes-tu sur ces actions ? Qu’est-ce qui devrait devenir la norme dans le football moderne ?

L’Allemagne est devenue un « Vorreiter » (précurseur) pour la durabilité dans le sport, non seulement environnementale, mais aussi sociale et en gouvernance, avec les critères de durabilité que les clubs doivent remplir. Ces critères existent pour les trois premières divisions masculines et pour la Frauen-Bundesliga.
Les clubs sont obligés de s’activer. Aujourd’hui, on voit la durabilité dans le sport de manière plus large, plus « comprehensive », que juste des critères à remplir. On veut voir un vrai développement durable à long terme. On veut voir des clubs qui montrent l’exemple, qui construisent un vrai système durable.
Pour ça, il faut aussi des business models durables. Il faut que la durabilité soit rentable, il faut être innovant, il faut trouver des solutions.
Pour Elevengreen, on veut « former » le sport de demain. Ça veut dire un sport qui maintient nos valeurs d’aujourd’hui et qui est résilient face aux changements climatiques, qui respecte l’environnement et qui combat les difficultés sociales qu’on peut voir aujourd’hui.
Le sport a une force énorme pour éduquer, rassembler les gens, promouvoir un impact positif, pas seulement pour notre sport mais pour la planète et pour l’être humain.
Un message et une philosophie de vie
Et dans la vie de tous les jours, hors football, quelles habitudes ou initiatives devraient selon toi être davantage encouragées pour tendre vers un mode de vie plus durable ?
Il faut montrer l’exemple. La durabilité est très vaste, mais il y a de nombreuses habitudes qu’on peut mettre en place aujourd’hui. En tant que sportif de haut niveau, on a souvent les yeux rivés sur nous, qu’on le veuille ou non.
C’est une décision de poster une photo d’une nouvelle voiture et de transmettre ces valeurs-là, ou de soutenir des causes positives. Chacun a ses propres intérêts et ses causes, je ne peux pas parler pour les autres, mais je préfère avoir des valeurs saines et les vivre, quitte à être critiqué de temps en temps, plutôt que de ne rien dire ou de transmettre des valeurs peut-être plus « cool ».
Pour terminer, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite, à la fois dans ta carrière sportive et dans tes projets personnels ?
Déjà de rester en bonne santé. Sans cela, rien n’est possible ou plutôt tout est plus difficile. Et sinon le même état d’esprit, de persévérance, de travail. Le reste viendra, ou pas, mais au moins je n’aurai aucun regret et rien à me reprocher.
Merci pour la chance de parler de mon parcours. À bientôt !
Un grand merci à Maël Corboz pour sa disponibilité et ses réponses. Nous lui souhaitons, ainsi qu’à l’Arminia Bielefeld, la meilleure fin de saison possible.
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Crédit image : Thomas F. Starke/Getty Images for DFB