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Matheo R
Le TSG Hoffenheim a peut-être laissé passer bien plus qu’une simple occasion vendredi soir. En arrachant un nul 2-2 sur la pelouse du FC Augsburg après avoir été mené 2-0 dès la 14ème minute, le club de Christian Ilzer a certes évité une nouvelle défaite, mais il a surtout confirmé une tendance devenue très inquiétante. Depuis le 7 mars, Hoffenheim n’a plus gagné en Bundesliga. Et dans une course à la Ligue des champions où chaque point compte, cette série commence à ressembler à un vrai tournant.
Une équipe brillante sur le papier
C’est tout le paradoxe de ce Hoffenheim version 2025-2026. Le TSG reste l’une des équipes les plus séduisantes du championnat sur le plan offensif. Avec 57 buts marqués, le club affiche à l’heure actuelle la quatrième meilleure attaque de Bundesliga derrière le FC Bayern München, le Borussia Dortmund et le Bayer Leverkusen. Il fait même mieux que le VfB Stuttgart, resté à 56 buts avant son match du week-end.
Les chiffres offensifs racontent d’ailleurs une équipe capable de produire du jeu, de créer et de faire mal. Hoffenheim tourne à 1,97 but par match, bien au-dessus de la moyenne du championnat, établie à 1,60. Avec 52 passes décisives, le TSG se situe également dans le haut du tableau dans ce domaine, au niveau de Stuttgart et devant Dortmund, Leverkusen ou encore Leipzig. Seul le FC Bayern München évolue encore sur une autre planète.
Individuellement, plusieurs cadres incarnent cette richesse offensive. Andrej Kramaric affiche 10 buts et 5 passes décisives. Asllani, lui, réalise une saison remarquable avec 9 buts et 8 passes décisives. Bazoumana Touré, annoncé sur les tablettes de Liverpool pour succéder à Mohamed Salah, pèse déjà avec 3 buts et 11 passes décisives. Wouter Burger signe lui aussi une saison pleine avec 4 buts et 8 passes décisives, tandis que l’ancienne pépite du 1. FC Köln affiche 7 buts et 3 passes décisives. Au milieu, Grischa Prömel continue d’imposer son rythme avec 7 buts et 3 passes décisives.

Sur le papier, il y a donc largement de quoi viser le top 4. Et c’est bien ce qui rend la phase actuelle aussi frustrante.
Un point à Augsburg mais…
Ce nul ramené d’Augsburg, hier soir, ne doit pas tromper. Hoffenheim a pris un point, mais il a surtout longtemps flirté avec une défaite de plus. Mené 2-0 au bout de 14 minutes, le TSG a encore affiché cette fébrilité qui lui coûte cher depuis plusieurs semaines. Sans le penalty manqué d’Alexis Claude-Maurice à la 85ème minute, les hommes de Christian Ilzer auraient très bien pu repartir avec un revers supplémentaire.
Ce match résume presque parfaitement la période actuelle. Hoffenheim garde des ressources, Hoffenheim reste dangereux, Hoffenheim a encore de la qualité. Mais Hoffenheim ne maîtrise plus grand-chose. L’équipe donne le sentiment de jouer sur courant alternatif, de devoir sans cesse courir après le scénario, sans jamais réussir à imposer durablement sa force.
Dans une course à la Ligue des champions, cela ne pardonne pas.
Le classement maintient l’espoir mais la marge se réduit
Au classement, Hoffenheim compte désormais 51 points. Ce total laisse encore le club en vie dans la bataille pour le top 4, mais l’équation se complique clairement.
Le Borussia Dortmund est deuxième avec 64 points. Derrière, le RB Leipzig et le VfB Stuttgart occupent les troisième et quatrième places avec 53 points. Hoffenheim accuse donc deux longueurs de retard sur la zone Ligue des champions, avant même les matches du week-end de ses concurrents directs.
Et c’est bien là que le nul à Augsburg peut peser très lourd. Si Leipzig venait à s’imposer contre le Borussia Mönchengladbach et si Stuttgart faisait le travail face au Hamburger SV, l’écart grimperait à cinq points. À ce stade de la saison, avec seulement quelques journées encore à disputer, cela commencerait à ressembler à une cassure.
Derrière Hoffenheim, la situation est également loin d’être confortable. Le Bayer Leverkusen, cinquième avec 49 points avant son duel contre Dortmund, peut lui aussi revenir ou passer devant. En clair, le TSG n’est pas seulement menacé de voir la Ligue des champions s’éloigner. Il peut aussi perdre du terrain dans la lutte pour l’Europa League.
Le vrai problème, c’est la dynamique
Une mauvaise série n’est pas toujours dramatique en soi. Ce qui inquiète davantage ici, c’est son timing. Hoffenheim cale précisément au moment où il aurait fallu accélérer.
Depuis le 7 mars, le TSG n’a donc plus gagné en Bundesliga. La séquence est mauvaise dans les chiffres, mais elle l’est aussi dans ce qu’elle raconte. Il y a eu ce nul contre Wolfsburg, pourtant en difficulté.

Il y a eu cette gifle 5-0 reçue sur la pelouse du RB Leipzig. Il y a eu ce match amical censé redonner confiance, perdu 5-3 contre le SV Elversberg, actuel troisième de 2. Bundesliga. Il y a eu ensuite cette défaite à domicile contre Mainz 05. Et désormais ce nul à Augsburg, qui aurait très bien pu basculer du mauvais côté. Bref, il y a eu de très mauvaises opérations pour le TSG Hoffenheim.
Le plus marquant, c’est que cette chute ne s’explique pas vraiment par un effondrement structurel ou par une série noire de blessures dans le onze de départ. C’est une équipe globalement proche de son onze type qui a enchaîné ces contre-performances. Et c’est bien ce qui alimente les questions.
Le point de bascule remonte plus loin qu’on ne le pense
En réalité, les premiers signaux étaient apparus avant même ce mois d’avril manqué. Il faut probablement remonter à la 23ème et à la 24ème journée pour voir le début du décrochage.
D’abord ce match nul contre le 1. FC Köln, arraché par un très bon Saïd El Mala.
Puis cette défaite 1-0 à domicile contre le FC St. Pauli lors de la 24ème journée. Un revers d’autant plus frustrant qu’Hoffenheim n’avait pas livré un mauvais match. Kramaric, Asllani et Prömel avaient été intéressants, Ozan Kabak avait répondu présent malgré son avertissement mais en face Nikola Vasilj avait tenu sa ligne avec autorité.

C’est peut-être là que quelque chose s’est cassé. Pas forcément dans le contenu brut, mais dans la capacité du TSG à convertir ses temps forts, à faire tourner les détails dans le bon sens, à garder ce côté clinique qui lui avait permis de réussir son excellent début de saison.
Car il ne faut pas l’oublier, Hoffenheim avait démarré l’année sur un rythme impressionnant. Le mois de janvier avait été quasiment parfait, avec une série de victoires marquantes, dont un 5-1 contre le Borussia Mönchengladbach, un 1-0 contre le Bayer Leverkusen, un 3-1 face à l’Eintracht Frankfurt, sans oublier les succès à Bremen et contre le 1. FC Union Berlin. À ce moment-là, tout laissait penser que le TSG avait la maturité pour jouer le top 4 jusqu’au bout.

Puis février a marqué un premier coup d’arrêt. Il y a bien eu cette défaite logique 5-1 sur la pelouse du FC Bayern München, vite compensée par une victoire 3-0 contre le SC Freiburg. Mais derrière, les accrocs se sont multipliés, jusqu’à devenir une véritable tendance.
L’effectif n’est pas une excuse
C’est aussi ce qui rend la situation difficile à lire. Hoffenheim n’a pas sombré faute de talent. Christian Ilzer dispose d’un groupe profond, varié, avec des solutions sur le banc et des profils capables d’apporter.
Max Moerstedt, à seulement 20 ans, a déjà accumulé 32 matches de Bundesliga et 7 matches d’Europa League.
Alexander Prass, arrivé du Sturm Graz en 2024 après sa formation au Red Bull Salzburg, offre une vraie alternative de haut niveau, avec un vécu européen et international déjà sérieux.
Sur le banc, on retrouve aussi des profils prometteurs comme Yannick Eduardo, international tchèque U21 formé du côté du RB Leipzig, ou encore des éléments plus confirmés comme Valentin Gendrey, même si le Français a récemment été freiné par une blessure à la cheville.
Même dans le onze, Hoffenheim présente encore des garanties. Oliver Baumann reste une référence. Ozan Kabak continue d’incarner une vraie solidité potentielle. Autour d’eux, les profils existent, les rotations aussi, les idées également.

Autrement dit, le problème ne semble pas être un manque de matière. Il est ailleurs. Dans la confiance, dans l’élan, dans la capacité à maintenir un niveau d’exigence constant sur plusieurs semaines.
Une équipe de moins en moins tranchante
C’est probablement là que se situe le cœur du sujet. Hoffenheim continue de produire des statistiques flatteuses mais n’arrive plus à transformer cette richesse offensive en résultats majeurs. Le TSG marque, crée, combine, accélère. Mais dans les moments où la saison se resserre, cela ne suffit plus d’être beau. Il faut être dur, cynique, stable.
En début de saison, Hoffenheim avait justement donné cette impression de maîtrise. Aujourd’hui, l’équipe semble davantage exposée à ses propres défauts. Elle peut toujours emballer un match, mais elle paraît moins capable de le verrouiller, de le tuer ou même simplement de le contrôler.
La défaite contre Mainz 05 a nourri cette impression. Le nul contre Wolfsburg aussi, malgré l’égalisation de Prömel à la 83ème minute. Et ce 5-0 contre Leipzig a évidemment laissé des traces, parce qu’il a révélé, dans un grand rendez-vous, l’écart entre un candidat crédible à la Ligue des champions et une équipe encore trop vulnérable.
Le calendrier n’offre aucun répit
Autre problème, le TSG n’aura pas le luxe de retrouver tranquillement de la confiance. Les semaines à venir vont immédiatement tester la solidité mentale du groupe.
Dès la 30ème journée, Hoffenheim recevra le Borussia Dortmund. C’est un adversaire direct, un match à haute tension, et probablement l’un des derniers grands carrefours de cette course au top 4. Ensuite viendra un déplacement à Hamburg, un match théoriquement plus abordable mais qui, vu la dynamique actuelle, n’aura rien d’une formalité.
Puis le mois de mai commencera avec la réception du VfB Stuttgart, autre rival direct dans la lutte pour la Ligue des champions. Là encore, impossible de masquer l’enjeu. Hoffenheim jouera alors sans doute une part immense de sa saison sur 90 minutes.

Derrière, il faudra encore affronter le SV Werder Bremen, qui devrait lui aussi avoir quelque chose à jouer dans la lutte pour sa survie, avant un dernier déplacement sur la pelouse du Borussia Mönchengladbach.
Et une dernière journée à Gladbach ne s’annonce jamais paisible. Parce qu’au-delà de la qualité potentielle du Borussia, les fins de saison de Bundesliga ont toujours une intensité particulière. La 34ème journée, jouée en conférence, produit souvent des scénarios fous, des pluies de buts, des bascules permanentes. Si Hoffenheim devait encore jouer sa qualification en Ligue des champions dans ce contexte, cela ressemblerait à une épreuve totale.
La Ligue des champions n’est pas encore perdue mais..
La vraie question n’est donc pas de savoir si Hoffenheim est encore mathématiquement dans la course. La réponse est oui. Avec 51 points, le TSG reste au contact. Deux points de retard sur le top 4, ce n’est pas rédhibitoire.
Mais footballistiquement, émotionnellement et dynamiquement, la situation paraît bien plus fragile que ne le dit le classement brut. Parce que les concurrents directs semblent plus stables. Parce que le calendrier s’alourdit. Parce qu’Hoffenheim n’avance plus. Et enfin, parce qu’un club qui veut jouer la Ligue des champions ne peut pas se permettre de rester plus d’un mois sans victoire au printemps.
Le danger, pour le TSG, n’est pas seulement de voir Stuttgart et Leipzig s’échapper ce week-end. Le danger, est de finir par glisser mentalement d’une bataille pour la Ligue des champions à une bataille plus modeste pour l’Europa League, voir la Conference League. Et dans ce genre de sprint final, le simple fait de changer d’objectif dans les têtes peut suffire à faire basculer une saison.
Alors, le TSG a-t-il déjà laissé passer sa chance ?
La formule est volontairement brutale mais elle mérite d’être posée. Hoffenheim a-t-il déjà laissé filer sa chance de retrouver la Ligue des champions ?

Pas encore totalement. Mais le TSG a, au minimum, laissé passer une partie de son avance psychologique. Il avait le jeu, l’effectif, les statistiques, l’élan. Il avait même cette impression de fraîcheur et de modernité qui faisait de lui l’une des équipes les plus excitantes à suivre en Bundesliga. Aujourd’hui, cette image s’est brouillée. Il reste de la qualité, il reste des armes, il reste du talent. Ce qui manque, c’est la sensation de contrôle.
Dans une course à la Ligue des champions, on ne demande pas seulement à une équipe d’être séduisante. On lui demande de tenir. De répondre. De ne pas trembler quand la pression monte.
Hoffenheim a encore le temps de sauver son objectif. Mais désormais, chaque journée ressemblera à un test de crédibilité. Et si Leipzig et Stuttgart gagnent ce week-end, alors ce nul à Augsburg ne sera plus vu comme un petit point arraché à l’extérieur. Il sera vu comme un point de bascule, peut-être même comme le moment exact où le TSG a dit adieu à la Ligue des champions.
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Crédit image : Christian Kaspar-Bartke/Bongarts/Getty Images